Chers amis, voici la lettre que j'ai eu envie d'envoyer à Mr Strauss-Kahn après avoir su que celui-ci avait créé un blog.
" Cher Monsieur Strauss-Kahn,
Je me permets de vous écrire pour vous apporter une vision du resenti global d'un nombre conséquent de la population, toutes catégories sociales confondues.
J'ai la chance d'exercer un métier fabuleux de contact humain et d'épanouissement personnel; je suis masseur-kinésithérapeute et j'exerce une activité libérale dans le XVIII è arrondisement de Paris.
Mes patients proviennent tout à la fois de couches sociales aisées (du côté de la Butte Montmartre), de couches sociales moyennes ainsi que de couches sociales en grandes difficultés.
Lorsque la discussion s'engage sur le thème de la vie politique, des conséquences politiques des décisions prises sur leur vie quotidienne ou sur la confiance qu'ils accordent aux hommes politiques en général, les sentiments exprimés sont très (trop ?) souvent les mêmes.
Les dirigeants, leaders et autres hommes forts des différents partis politiques peuvent avoir le sentiment que, lors d'un meeting, toute l'assistance est derrière eux et partage les points de vue exposés. Et c'est vrai, souhaitable mais totalement normal puisqu'il s'agit d'une assemblée constituée uniquement d'adhérents !
Vous serez d'accord avec moi pour dire que le nombre d'adhérents par parti politique est ridicule au regard de la totalité des électeurs et aussi de tous ceux qui participent à la vie sociale et économique de ce pays et qui ne votent pas.
Il n'est pas sûr du tout que tous ceux-ci seraient aussi enthousiastes en écoutant les leaders lors de meetings que les adhérents qui y assistent en général.
Les sentiments de tous ces patients qui s'épanchent sur le thème de la politique sont toujours semblables et s'articulent toujours autour des mêmes thèmes ; ils pensent A TORT OU A RAISON :
* que l'idéologie de gauche et celle de droite n'ont rien à voir MAIS....
*... que les changements politiques de majorité ne révolutionnent rien en terme de vie quotidienne, de pouvoir d'achat, de logements, de places en crèches, de hausses de prix etc...
* ... que les promesses électorales alléchantes ne sont que rarement tenues
* ... que les dirigeants sont totalement déconnectés de la vie quotidienne des gens (ce n'est pas nouveau mais le sentiment perdure et s'aggrave) et qu'ils ne voient pas (voire pire, qu'ils ne veulent pas voir) les difficultés de leur concitoyens.
* ...que seuls les mécontentements ponctuels ou le ratissage plus large électoral les conduit à prendre des décisions lisibles,
* ...que les préoccupations personnelles de carrière politique prévalent largement sur les attentes de la population.
* ... que ceux qui se retrouvent dans l'opposition à critiquer telle loi proposée par la majorité du moment ne reviennent jamais sur ladite loi une fois qu'ils passent au pouvoir : quelle crédibilité accorder à la critique d'alors ?
Etc, etc...
Le constat est sûrement cruel car je ne doute pas de votre envie réelle d'aider et de servir la France, seulement voilà, ces quelques points sont partagés par énormément de monde et je ne vous parle pas de la tranche d'age 15-30 ans.
Pour relier tout ceci à la récente "claque" constitutionnelle, je crois pour ma part que la part d'explication tient aussi dans la métaphore suivante :
Imaginons un jeu de 12 quilles avec 6 quilles roses ( le PS ) et 6 quilles bleues ( l'UMP ).
La boule représente le bulletin de vote évidemment.
Jusqu'à maintenant, quelque soit l'élection, les 6 roses et les 6 bleues étaient éloignées d'une bonne distance et la seule boule ne pouvait faire tomber que les roses ou les bleues : un coup les roses, un coup les bleues et vive l'alternance.
Avec les positions prises pour le "oui" par les bleues ET par les roses, ajouté à cela le sentiment décrit plus haut que "roses et bleues c'est pareil", l'électeur se retrouvait donc, avec sa bonne vieille boule, avec la possibilité de faire "d'une boule deux coups" puisque toutes les quilles se retrouvaient pour la première fois bien regroupées ensemble, à portée de tir.
Il était donc trop tentant d'envoyer bouler tout ce beau monde et de faire un "strike".
Et même s'il ne s'agissait pas de politique intérieure mais d'Europe, la tentation était trop grande d'exprimer toute cette défiance accumulée depuis des années envers les deux grands partis de gouvernement.
Par pitié, prenez tout ceci très largement en compte car, depuis 2002, tous ces sentiments n'ont fait qu'empirer et 2007 s'avance avec de réels dangers de voir la boule s'élancer vers des quilles noires.
Et si d'aventure les contraintes macro-économiques étaient telles que les marges de manoeuvre soient très étriquées alors DITES-LE aux français !
Je tiens à dire que je suis heureux de ma vie d'homme et de ma vie professionnelle bien que la bonne pratique de mon métier, à laquelle je tiens, ne soit pas des plus rémunératrices.
Je ne parle donc pas trop en mon nom mais je me fais l'écho des gens aux horizons sociaux tellement différents que je côtoie.
Merci, Mr Strauss-Kahn, de l'attention que vous aurez pu porter à cette lettre et soyez assuré que, si je m'adresse à vous, c'est parce que je crois en votre capacité de contredire, avec des discours et des choix politiques clairs, ces sentiments noirs citoyens."
on attend la réponse...
avec les boules noires, tu nous fous carrément les boules!
maintenant, on aura remarqué que vos initiales étant presque les mêmes, il a dû se sentir en famille, le DSK.
bonne continuation.
angeline